Les services publics doivent communiquer sur Bluesky

19 septembre 2026

La plupart des services publics de proximité comme les bibliothèques, les centres sportifs et les musées ont un site Web. Mais ce n’est pas pratique pour une personne de parcourir toutes les pages de tous les sites Web qui pourraient avoir des informations locales.

Twitter avait véritablement apporté une solution à ce problème. On pouvait s’abonner au fil Twitter de sa mairie, de sa ligne de métro, d’un musée qu’on aime bien, et avoir en un coup d’oeil les dernières informations aggrégées sous la forme d’une liste de messages courts.

Depuis, Twitter a été racheté par Elon Musk pour prendre le contrôle du débat public et favoriser l’extrême droite, aux États-Unis et ailleurs.

Beaucoup sont partis de Twitter, renommé “X” depuis, notamment la mairie de Paris. Beaucoup d’établissements publics, surtout à Paris, ne conservent que des comptes Facebook et Instagram.

Facebook et Instagram posent moins de problèmes que X/Twitter, mais ils sont loin d’être des solutions idéales. Surtout, ils vous forcent à créer un compte pour voir les comptes même publics.

section « contacts » de la médiathèque James Baldwin

section « contacts » de la médiathèque James Baldwin

Prenons un exemple : la bibliothèque James Baldwin dans le 19e arrondissement de Paris. Elle a une page sur le site de la mairie de Paris (https://www.paris.fr/lieux/mediatheque-james-baldwin-20205) avec des liens vers ses comptes Facebook et Instagram. Les deux comptes sont actifs, avec des informations sur les horaires d’étés, les événements qui ont lieu à la bibliothèque etc.

page Facebook de la médiathèque James Baldwin pour quelqu’un qui n’est pas connecté

page Facebook de la médiathèque James Baldwin pour quelqu’un qui n’est pas connecté

Mais si vous n’avez pas vous-même de compte Facebook ou Instagram, ou si vous n’êtes pas connecté à votre compte, vous ne pouvez voir qu’une toute petite partie du profil de la bibliothèque. Très vite, vous êtes bloqués par des messages qui vous disent que, si vous ne créez pas de compte, vous n’en verrez pas plus.

Au passage, X/Twitter fait la même chose depuis quelques années. De manière générale, tous les réseaux sociaux dominants permettent de moins en moins l’accès à des profils véritablement publics. Le contenu que vous partagez est réservé aux personnes qui ont un compte sur ce réseau social, et celles qui n’en ont pas un sont mises à l’écart.

Or c’est un problème, pour des établissements publics, de communiquer sur des réseaux qui refusent de rendre l’information disponible au public.

Mais il existe d’autres réseaux sociaux, pensés justement pour éviter les dérives qu’on a vu avec les réseaux existants.

Mastodon a été l’un des premiers parmi ces nouveaux réseaux sociaux. Certains établissements publics ont un compte Mastodon, comme le muséum national d’histoire naturelle (https://reseauculture.fr/@LeMuseum), et vous pouvez voir leur compte en entier sans avoir besoin de créer vous-même un compte : c’est de la véritable information publique.

Mais si Mastodon changeait dans le futur, et se mettait lui aussi à empêcher le public d’accéder aux publications à moins de créer un compte ? Après tout, Twitter, dans le passé, permettai lui aussi de voir les publications sans avoir de compte.

En fait cela a peu de chances d’arriver, justement parce que Mastodon est un réseau dit « décentralisé ». Même si l’instance principale, https://mastodon.social/, faisait ce choix, les autres instances pourraient décider de rester « ouvertes ».

D’ailleurs, le Muséum national d’histoire naturelle utilise une autre instance, reseauculture.fr, qui est dédié aux « acteurs français publics et privés du monde des arts et de la culture », qui ont donc tous intérêt à ce que n’importe qui puisse voir leur publications.

Mastodon a eu un certain succès dans certains milieux, notamment dans l’informatique open-source, mais il n’a pas eu le succès espéré dans la sphère politique, et au niveau du grand public en général.

En 2019, un nouveau réseau social décentralisé apparaît, Bluesky, avec une interface qui copie clairement celle de Twitter pour rendre plus facile pour les utilisateurs de passer de l’un à l’autre.

le profil X/Twitter de la ville de Paris, qui redirige vers Bluesky

le profil X/Twitter de la ville de Paris, qui redirige vers Bluesky

Bluesky a plus de succès que Mastodon, mais surtout il a beaucoup plus touché le grand public et la sphère politique. Par exemple, quand la mairie de Paris quitte X/Twitter, elle conclut par ce message :

Pour faire vivre le débat public, rendez-vous sur nos autres réseaux et notamment sur Bluesky. https://bsky.app/profile/paris.fr

Pour plus d’information sur l’adoption de Bluesky dans le monde politique Français, voir https://politix.top/ (voir aussi la version archivée de juillet 2026)

Bluesky a d’autres avantages par rapport à Mastodon, notamment, il est censé faciliter la migration d’une instance à une autre sans avoir à re-créer un compte vierge et tout perdre. Et il y a un écosystème assez actifs d’applications en train de se créer à partir du protocole « atproto » sur lequel Bluesky est basé (voir par exemple cet article de TechCrunch).

Bluesky est donc le candidat idéal pour toutes les entités qui veulent informer le public, tout le public, et pas seulement les personnes qui ont créé un compte sur tel ou tel réseau social commercial : non seulement Bluesky laisse tout le monde voir l’entièreté des profils sans avoir à s’authentifier, mais surtout le protocole sur lequel Bluesky est basé assure que, si Bluesky changeait d’attitude à l’avenir, ce serait très facile pour les utilisateurs de migrer vers une instance moins problématique, sans tout perdre, sans se retrouver dans la situation dans laquelle on se trouve actuellement avec les réseaux sociaux dominants.

On peut déjà trouver un certain nombre de musées parisiens sur Bluesky :

Mais pour que ce nouveau réseau social devienne vraiment utile au public, il faut qu’il y ait beaucoup plus de comptes, que les gens puissent y trouver les actualités de tous les lieux qu’ils fréquentent.

Un jour ce sera peut-être normal d’aller sur Bluesky pour regarder le menu du jour du restaurant d’à côté. Mais en attendant c’est aux établissements publics d’ouvrir la voie et de rendre leur actualité véritablement accessible au public.